Bahia est une Bichon Frisé de 12 ans suivie très régulièrement chez Animed. En raison d’une spondylo-arthrose, elle bénéficie d’une séance de physiothérapie environ une fois par mois. Son histoire montre tout l’intérêt du check-up chez le chien senior.
Nous avions donc l’occasion de la voir fréquemment : son poids était stable, son état général excellent et aucun changement clinique particulier n’avait été constaté. Bahia mangeait normalement et conservait une bonne qualité de vie.
Pourtant, lors de son check-up annuel de routine, un bilan sanguin préventif a révélé une anomalie importante : une hypertriglycéridémie, alors que Bahia ne présentait aucun symptôme.
Son histoire illustre particulièrement bien l’intérêt du bilan annuel chez les animaux seniors : un animal peut être suivi régulièrement, sembler parfaitement stable et néanmoins développer silencieusement une maladie métabolique.

Une anomalie qui progresse rapidement
Les triglycérides sont des graisses normalement présentes dans le sang. Après leur découverte chez Bahia, des contrôles successifs ont montré une progression rapide de leur concentration, jusqu’à atteindre 40,7 mmol/L, une valeur extrêmement élevée.
À ce niveau, le sérum devient blanchâtre et opaque en raison de la quantité de graisses circulantes.
Une hypertriglycéridémie aussi sévère n’est pas anodine : elle augmente notamment le risque de pancréatite et peut favoriser certaines maladies de la vésicule biliaire.
Bahia n’a heureusement développé aucune pancréatite et son état général est resté excellent.
En revanche, son bilan hépatique était fortement perturbé : les phosphatases alcalines (ALKP) ont atteint 25 955 U/L et l’ALT 483 U/L.
L’échographie abdominale a mis en évidence une hépatopathie vacuolaire ainsi qu’une mucocèle biliaire encore immature. Une mucocèle correspond à l’accumulation progressive d’une bile anormalement épaisse dans la vésicule et nécessite une surveillance régulière.
Quand le régime pauvre en graisses n’est pas possible
Face à une hypertriglycéridémie, la première mesure consiste normalement à réduire fortement l’apport alimentaire en matières grasses.
Chez Bahia, cette approche était compliquée par une allergie alimentaire sévère.
Son alimentation habituelle, Royal Canin Anallergenic, est parfaitement tolérée sur le plan digestif, mais elle est plus riche en graisses que ce que nous souhaiterions idéalement dans cette situation.
Nous avons donc essayé Purina HA, moins riche en matières grasses. Malgré son intérêt théorique, cette alimentation a provoqué des troubles digestifs et a dû être interrompue.
Il fallait choisir : maintenir un aliment moins gras mais mal toléré, ou revenir à l’alimentation qui stabilisait Bahia et trouver une autre manière de contrôler ses triglycérides.
Nous avons choisi la seconde solution.
Le fénofibrate pour compenser la contrainte alimentaire
Bahia a donc repris Royal Canin Anallergenic et un traitement par fénofibrate a été introduit.
L’objectif était de compenser autant que possible l’impossibilité d’obtenir une restriction suffisante des graisses par l’alimentation, sans déstabiliser à nouveau son équilibre digestif.
Bahia pèse environ 4,6 kg et reçoit actuellement 30 mg de fénofibrate une fois par jour, sous surveillance biologique régulière.
La réponse initiale a été très encourageante : les triglycérides ont fortement diminué malgré le retour à l’Anallergenic.
L’ALT est également passée de 483 à 365 U/L et les ALKP de 25 955 à environ 23 500 U/L.
Bahia reçoit parallèlement un soutien hépatobiliaire avec notamment Ursochol®, Samylin® et Lypex®.
La dyslipidémie n’est toutefois pas encore totalement contrôlée. Le sérum reste très lipémique, les triglycérides sont toujours supérieurs à la limite de mesure du dernier contrôle (>4,24 mmol/L) et le cholestérol a augmenté de 8,06 à 9,91 mmol/L.
Le traitement et son dosage doivent donc continuer à être adaptés en fonction des prochains contrôles.

Et si Bahia souffrait d’un syndrome de Cushing ?
L’association d’une hyperlipidémie sévère, d’une hépatopathie vacuolaire, d’ALKP extrêmement élevées et d’une mucocèle peut être rencontrée lors d’un syndrome de Cushing.
Un petit nodule surrénalien d’environ 5 mm avait également été observé à l’échographie.
Cette hypothèse a donc été investiguée.
Le rapport cortisol/créatinine urinaire était augmenté à 66 en septembre 2025, puis à 108,5 lors d’un contrôle ultérieur.
Ce test constitue un bon outil de dépistage mais ne permet pas, à lui seul, de diagnostiquer un Cushing. Un test de freinage à faible dose de dexaméthasone a donc été réalisé.
Les valeurs de cortisol étaient de 1,86 au départ, 1,75 après 4 heures et 1,96 après 8 heures.
À ce stade, les tests dynamiques réalisés ne permettent pas de confirmer suffisamment un syndrome de Cushing pour justifier un traitement spécifique.
Cette étape rappelle un autre principe important : dépister ne signifie pas surdiagnostiquer. Une anomalie doit être replacée dans son contexte et, lorsque cela est nécessaire, confirmée avant de traiter.
Une surveillance qui continue
La maladie hépatobiliaire de Bahia reste également sous surveillance. Ses derniers acides biliaires étaient de 41 µmol/L avant le repas et 71 µmol/L après le repas.
Des contrôles sanguins et échographiques réguliers restent donc nécessaires pour suivre simultanément sa dyslipidémie, son foie et l’évolution de sa vésicule biliaire.
Et pourtant, Bahia continue aujourd’hui à aller bien.
Pourquoi faire un check-up chez le chien senior qui va bien ?
C’est probablement le message le plus important de son histoire.
Bahia n’était pas une chienne que nous n’avions pas vue depuis longtemps. Elle venait à la clinique tous les mois. Son poids était stable, sa spondylo-arthrose était suivie et son état général ne présentait rien d’inquiétant.
Mais un examen clinique, même régulier, ne permet pas de voir tout ce qui se passe à l’intérieur de l’organisme.
Son bilan annuel a permis de découvrir une anomalie avant qu’elle ne provoque une pancréatite, des troubles digestifs ou une complication de sa vésicule biliaire.
Il nous a donné le temps d’investiguer, de suivre son évolution et surtout de mettre en place un traitement adapté à ses contraintes alimentaires.
Bahia allait bien. Nous avons cherché avant qu’elle n’aille mal.
C’est tout l’intérêt du check-up chez le chien senior : ne pas attendre les premiers symptômes pour commencer à chercher, mais dépister suffisamment tôt pour pouvoir agir.
